Qu’est ce qu’un terroir ?
Jusqu’à la seconde guerre mondiale, le vocable « terroir » avait une consonance péjorative, un vin avec un « goût de terroir » le devait à un défaut. Des travaux scientifiques conduits dans les années 1970 et 1980 ont permis de préciser ce concept et lui donner un contenu positif. Les aspects d’authenticité et de traçabilité d’un produit sont maintenant mis en avant dans un souci d’affirmation de sa typicité en lien avec son origine géographique. Mais ces allégations recouvrent des réalités mal cernées. De nombreuses définitions du terroir ont été proposées et l’utilisation du mot « terroir » dans différents contextes, souvent repris comme argument commercial, n’en facilite pas la compréhension.
Réflexions générales sur les modes de communication sur les vins
La façon dont les français perçoivent la nature et le monde change.
Cette tendance lourde signe le déclin des visions simplistes que la publicité véhicule Elle correspond à des perceptions de la réalité qui intègrent plus le flou, les interactions, les effets pervers, l’incertitude. Cette situation a des conséquences sur les consommations agro-alimentaires, sur la Grande Distribution, sur les mass médias, télé, magazines dont on résiste mieux aux conditionnement publicitaires. L’idée se répand que tout n’est pas si simple. On ne regarde plus les choses isolément et l’on saisit un nombre plus élevé de composantes, avec une attention accrue à leurs interactions et aux enchaînements complexes qui produisent la réalité.
Des modes de perception globaux, non analytiques, et reposant pour partie sur l’intuition tendent à se répandre. Une partie des gens en avance sur cette tendance développent une capacité à saisir d’emblée la complexité et à percevoir la réalité comme système.
C’est à la faveur de ce type de perception que se développent les idées de co-responsabilité écologique ou d’entreprise citoyenne responsable. Le vécu mondial qui s’affirme, exprime et alimente cette tendance lourde. Elle n’est pas cérébrale, limitée à une élite intellectuelle. C’est très concrètement dans leur vie de tous les jours qu’un nombre croissant d’individus éprouve que tout n’est pas si simple, que les « y à qu’à » sont stériles, que les effets pervers existent bel et bien. La résurgence de l’écologie au cours des dernières années est un des fruits de la perception de la nature comme système.
Dans ce contexte, les grandes campagnes de communication publicitaires monolithiques pour nos AOC régionales, coûteuses et inefficaces sont à terme condamnées. La contestation du tout chimie, des manipulations génétiques dans l’agriculture, conduit au développement des productions Bio, et au rapprochement des populations urbaines coupées de la vie près de la nature, vers les professions en relation avec elle. La viticulture, le vin deviennent des moyens relationnels privilégiés avec des personnes qui vivent quotidiennement au contact des éléments naturels.
Il faut utiliser ces nouveaux besoins des urbains, pour développer un relationnel favorable à la mise en marché de nos vins. L’oenotourisme est l’une des composantes de ces tendances, et les offres au public formulées par les agences commerciales apparaissent. Mais l’oenotourisme n’est, pour le moment, qu’une solution permettant de développer des ventes directes, en dehors de cas exceptionnels (Caudalie, Smith Haut-Lafitte) … à suivre !
Jean Clavel
Paroles de Jean Clavel. Quelle est la place du vin dans la société du 21° siècle (2/2) ?
16 mars 2010 par Sophie Surrullo · Commenter
C’est une grande chance pour la France qui est considérée et reste la référence mondiale dans ce domaine, elle possède plusieurs produits leaders, le Champagne, les grands crus Bordelais, un peu plus élitistes les grands Bourgognes ; les vins d’Alsace, un peu plus coquins les Beaujolais, un peu plus populaires (avec des exceptions notables), les vins du sud, Provence, Rhône, Languedoc Roussillon ou le Val de Loire.
L’Europe est, et restera, dans le cadre des échanges mondiaux, en particulier touristiques, le modèle, la référence, du savoir vivre et de la gastronomie dans lesquels le vin joue un rôle déterminant. La vigne habille les paysages accueillants. Le patrimoine monumental, qui y est associé, est un attrait public important. Le « French Paradox » a fait le tour du monde, même si les français l’ignorent en général.
Nous vivons une époque de mutation intense de la société post-moderne, fondée sur la consommation de masse de tous produits, présentés par le système de Grande Distribution (GD) dont la France est un champion mondial. Cette forme de commerce de masse conforte et facilite la mondialisation, elle provoque la croissance de marques mondiales et les délocalisations vers les pays à bas coût de production.. En ce qui concerne les vins, la GD est en contradiction avec sa logique, et gère difficilement la diversité des vins européens. Elle est plus près des méthodes de production et de mise en marché des vins de l’hémisphère sud, quasi industrielles, que des terroirs français dont la complexité cadre mal avec la simplification en cours, des linéaires GD et la communication de ces entreprises qui mettent en avant des marques mondiales connues. L’antagonisme vins de terroir/vins de marques mondiales, déjà très présent actuellement, va s’accentuer rapidement dans les années futures. Jonathan Nossiter, qui s’est illustré dans le film Mondovino, décrit dans son livre « le Goût et le Pouvoir » tous les risques de la disparition des terroirs dans la conscience universelle.
Nous devons résister à cette uniformisation mondiale, consolider la vie de nos terroirs et de nos vignerons, de façon à transmettre aux générations futures cette richesse viticole millénaire.
Jean Clavel
Paroles de Jean Clavel. Quelle est la place du vin dans la société du 21° siècle (1/2) ?
10 mars 2010 par Sophie Surrullo · Commenter
Le vin n’est pas seulement une boisson alcoolisée, énergétique, euphorisante, il est un élément culturel important de notre civilisation, un moyen de convivialité, un lubrifiant social, un support de conversation, un lien avec un terroir, un paysage, un vigneron… il est le fruit de l’histoire, le complément indispensable de notre gastronomie occidentale, qui, du fait de la mondialisation, s’étend au monde entier, comme s’étend la découverte de goûts que nous considérons comme exotiques. Enfin, il fait partie des symboles religieux des religions monothéistes originaires du bassin méditerranéen, y compris l’Islam.
Un poète musulman du 7° siècle, Omar ibn al Farid, a en effet écrit un recueil de textes intitulé »l’Eloge du Vin » : »C’est une limpidité et ce n’est pas de l’eau, c’est une fluidité et ce n’est pas de l’air, ils ont dit : tu as péché en le buvant- Non- car je n’ai bu que ce dont j’eusse été coupable de me priver. Jamais il n’habite avec la tristesse. Il n’a pas vécu ici bas celui qui a vécu sans ivresse. Qu’il pleure sur lui même, celui qui a perdu sa vie sans en prendre sa part… »
L’homme a façonné la vigne depuis 5000 ans.
Elle humanise et structure les paysages, conditionne les attitudes, le comportement des vignerons. La vigne dont chacun des cépages est le résultat biologique de lentes mutations génétiques, a permis des mariages heureux entre des sols de différentes natures et des climats variés. Chaque cépage, aux raisins particuliers, développe des qualités aromatiques, gustatives spécifiques, adaptées aux mets composites de chaque lieu.
Caton l’Ancien (II°siècle av. J.C.) disait « Si l’on me demande quel est le bien le plus précieux de la terre, je répondrai: c’est la vigne ! »
Au 21° siècle, le développement mondial de la consommation des vins, est un succès indéniable.
Il s’appuie, en partie, sur le nom, la notoriété et l’image des vins français et européens, mais, d’autres voies sont ouvertes par les sociétés du nouveau monde viticole de l’hémisphère sud, moins agricoles et plus industrielles, adeptes du marketing orienté grande distribution, au dynamisme incontestable, qui simplifient la présentation, mettent en avant le cépage à l’origine du vin et la marque commerciale, centralisant les investissements commerciaux pour en multiplier les effets. Ces pays du nouveau monde viticole ne sont pas soumis aux pesanteurs des règles et des contrôles des « vieux » pays ! La croissance de la mise en marché des vins australiens en Europe a surpris nos négociants qui n’avaient pas mesuré la force du concept simplificateur. Mais l’Australie n’est pas seule, le Chili, l’Argentine, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud au vignoble ancien mais renouvelé, la Californie, affirment des positions mondiales.
Le marché intérieur français, qui reste bien présent, (c’est encore le premier marché mondial), peu accessible aux concurrents européens ou internationaux, attaqué par les défenseurs intransigeants de l’hygiénisme, et en diminution régulière, devrait être conforté par une nouvelle définition des produits et de la communication à destination des jeunes consommateurs, ce que certains pays ont réussi à faire.
La consommation des vins s’étend progressivement à de nombreux pays du monde, la seule résistance à cette expansion concerne les pays de l’Islam. Le marché et l’intérêt pour les vins, deviennent mondiaux.
Après l’Amérique, les USA venant de solder les ultimes restes de la prohibition, c’est au tour de l’Asie. Le Japon avait montré le chemin, la Chine et l’Inde y viennent aussi. Les pays du nord de l’Europe, la Grande Bretagne, réduisent progressivement leur consommation de bière au bénéfice du vin.
Suite de l’article la semaine prochaine.
Jean Clavel
Paroles de Jean Clavel. Saporta et la « révolution » internet dans l’univers viticole.
3 mars 2010 par Sophie Surrullo · Commenter
En 1985, nous avons développé Saporta sur le même concept que l’Hôtel des vins, ajoutant une série de fonctions dont nous sentions la nécessité, proximité de l’autoroute et de la mer, parking important et gratuit, salle de dégustation moderne, Grande salle pour les groupes, restaurant de qualité dans une ambiance historique.
Pendant cette période, j’ai beaucoup écrit. Un ouvrage édité chez Privat à Toulouse, « Histoire et avenir des vins du Languedoc » illustré par Robert Baillaud notre communiquant, a eu un certain succès. Il était le premier ouvrage sur ce thème en Languedoc et a induit des changements de comportement chez les partenaires de la production et de la mise en marché, en leur fournissant un argumentaire construit sur des bases culturelles et techniques. Puis, j’ai produit des ouvrages avec des objectifs précis comme « Réussir, Les Trompettes de la renommée, le triomphe de la Qualité ». Mon dernier ouvrage, paru chez « Féret » à Bordeaux en 2008, « La mondialisation des Vins » est plus général et concerne la production et la consommation mondiale des vins ainsi que les règles en particulier de l’OMC (organisation mondiale du commerce) qui les régissent.
Je suis membre de la Chambre d’agriculture de Hérault, secrétaire de l’Honneur des Vins, et membre actif de la Fondation et du prix littéraire Louis Malassis.
Le vin ne pouvait échapper à la « révolution » internet
J’ai utilisé la révolution informatique, dès qu’elle s’est manifestée, et eu les micro ordinateurs de première génération. J’avais la conviction que la nouvelle technologie allait transformer à terme le commerce, les rapports sociaux, les méthodes de travail, sans mesurer à cette époque tous les développements actuels, en particulier Internet. L’influence d’IBM à Montpellier, très importante, par son usine de production (plus de 2 000 ingénieurs et techniciens fréquentaient notre Hôtel des vins), était centrée sur les grands et puissants systèmes internationaux des banques et sociétés d’assurance. La firme a totalement raté la micro informatique et son développement tous secteurs. Un laboratoire d’IBM avait établi les plans du premier PC, son système d’exploitation (DOS),mais la firme n’y voyait aucun intérêt et a confié à une jeune ingénieur, Bill Gates, le soin de développer ces PC. Microsoft et INTEL sont nés de cette erreur stratégique d’IBM et ont largement dépassé, en tous domaines, la firme d’origine. Windows est l’OS (système d’organisation) mondialement généralisé des micro-ordinateurs, accompagné des offices de bureautique.
La France a souhaité faire cavalier seul dans ces développements informatiques, a investi beaucoup de moyens dans un plan national, dont l’échec a été presque total : seul en est sorti le Minitel, excellent terminal d’un système géré par les Télécoms, mais bloqué à nos frontières, et qui n’a survécu, économiquement, que grâce aux messageries roses.
J’ai rapidement compris que le développement Internet allait donner à la micro informatique des moyens extraordinaires et transformer, par sa quasi gratuité, par ses facilités de relations internationales, la communication, le commerce, les échanges internationaux, en réalité la mondialisation des économies nationales. Le vin ne pouvait échapper à cette révolution.
J’aurai très bientôt le plaisir de vous retrouver pour un nouvel article : la place du vin dans notre siècle.
Jean Clavel
Paroles de Jean Clavel. De l’ADASEAH à L’Hôtel des Vins
23 février 2010 par Sophie Surrullo · Commenter
En 1964, des évènements imprévus m’ont obligé à changer d’orientation, tout en conservant l’exploitation viticole jusqu’à la fin du bail (1969). La politique agricole européenne se mettant en place, je m’engageais alors dans l’application régionale du FASASA (fonds d’action sociale pour l’aménagement des structures agricoles) , base d’une série de moyens destinés à faciliter la mutation moderniste de l’agriculture. C’est dans ce cadre que j’ai créé, en 1967, l‘ADASEAH (association départementale pour l’aménagement des structures agricoles de l’Hérault) conventionnée par le ministère de l’agriculture, dont je suis devenu directeur.
Vers la reconnaissance des AOC par l’INAO
Par la suite, en 1976, à la demande de Jean-Claude Bousquet, président régional des jeunes agriculteurs et membre de l’INAO, nous avons pris en charge le syndicat des Coteaux du Languedoc, embryonnaire dans le cadre VDQS, pour en faire la base d’une politique viticole régionale dont l’objectif était l’amélioration qualitative des vins, de leur image, et de la formation des viticulteurs. Il faut se rappeler, qu’à cette époque, la production viticole de la région était composée à 90% de vins, dits de table, destinés aux coupages industriels des vins de marques populaires de consommation quotidienne des populations laborieuses. Nous avons conduit la viticulture languedocienne à la reconnaissance des AOC par l’INAO en décembre 1985.
Dès le début de mon action dans cette direction, j’ai appliqué tous les concepts de la communication moderne, d’une façon pratique, au niveau de la production, conduisant les viticulteurs à une meilleure connaissance du marché national et international, et faisant connaître les meilleurs produits à la clientèle locale surtout montpelliéraine.
« L’Hôtel des vins »
Des voyages d’études étaient organisés chaque année et nous avons visité tous les vignobles européens et français, en tirant collectivement les enseignements techniques et commerciaux, développés ensuite par des réunions locales de travail. Nous avons créé un restaurant dans le centre de Montpellier « l’Hôtel des vins » qui fût le premier de la région à employer des sommeliers, dont mon fils Pierre faisait partie. Le responsable de la communication embauché par le syndicat fut le secrétaire général du club de la presse de la région et notre Hôtel des Vins devint la base arrière de la réception des journalistes nationaux et internationaux qui visitaient la ville et la région, nous permettant de leur faire découvrir nos meilleurs produits.
A suivre : Saporta et la « révolution » internet dans l’univers viticole.
Jean Clavel
Paroles de Jean Clavel. Vigneron historien de renom.
17 février 2010 par Sophie Surrullo · Commenter
L’initiative de « Mes vignes », originale dans son fonctionnement et ses objectifs, que mon fils Pierre m’a faite découvrir, m’a conduit à accepter une offre de collaboration rédactionnelle, qui je l’espère, participera, un petit peu, au succès de la formule. Je crois beaucoup à la communication de ce type, où l’on ne cache pas les objectifs économiques, qui sont légitimes et nécessaires, mais sont accompagnés de contenus relationnels, culturels, voire amicaux, de découvertes territoriales, d’approches directes entre ceux qui produisent, les vignerons et les consommateurs avertis et curieux du relationnel d’un nouveau type.
Je vais donc vous retrouver régulièrement, au cours des prochaines semaines, sur des thèmes viticoles généraux. En attendant, voici mon parcours, marqué par une participation très active à des grands moments de la viticulture, languedocienne notamment.
Né à Montredon, dans une famille de vignerons
Je suis né à Montredon les Corbières dans l’Aude en 1934, dans une famille de vignerons depuis de nombreuses générations, côté paternel dans l’Hérault, plaine bitteroise, côté maternel en Corbières Narbonnaises.
Mon grand père paternel était de la génération 1907 et m’a légué en même temps que les photos du 17° régiment d’infanterie qui s’est révolté, un grand intérêt pour cette période. J’ai baigné dans la culture des luttes vigneronnes dès mon jeune âge (à Montredon, ce n’est pas étonnant ! Se rappeler les évènements du 4 mars 1976).
L’IFOCAP, une étape fondamentale
Après de courtes études, aide familial sur l’exploitation familiale, j’ai fait, comme beaucoup de jeunes de cette époque, ma longue période militaire AFN (de 1954 à 1957), au Maroc, en cours d’indépendance.
De retour, je me suis installé sur une exploitation viticole en métayage et suis devenu en 1959 secrétaire général des jeunes agriculteurs de l’Aude, en créant les centres cantonaux spécialisés en viticulture. Cette responsabilité m’a conduit à une formation générale, nouvelle à l’époque, dans le cadre de l’Institut de formation des cadres Paysans (IFOCAP) à Paris, formation en alternance qui permettait de continuer à conduire l’exploitation. Ce fut pour moi une étape fondamentale. L’IFOCAP permettait à de jeunes paysans de découvrir la sociologie et l’économie industrielle, le monde des médias, de rencontrer des personnages de premier plan, historiens, philosophes, auteurs divers. Plusieurs de mes compagnons de formation ont eu des carrières remarquées, l’un d’eux est devenu ministre de l’Agriculture (Michel Debatisse). Une aide financière permettait de rémunérer un salarié pendant chaque absence de 15 jours.
A suivre : de l’ADASEAH à l’Hôtel des Vins
Jean Clavel

