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Faucheurs d’avenir ?

31 août 2010 par  

Parcelle OGM - INRA Colmar - Source Le Point

Au cours du mois d’août, des faucheurs volontaires d’OGM, ont pénétré une parcelle expérimentale plantée de vignes génétiquement modifiées à l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) de Colmar, pour y détruire les plants cultivés. Cette actualité a relancé le débat autour des organismes génétiquement modifiés, de la nécessité de mener des expérimentations grandeur nature en plein champ, et de l’acceptabilité de ces produits pour les consommateurs.
Au milieu de la mêlée, il est difficile d’avoir un avis clairement tranché, objectif, et apaisé sur le sujet, tant il est complexe et passionné. Au sein même de l’équipe MesVignes.com les échanges sont parfois vifs entre certains viticulteurs foncièrement opposés aux OGM, et d’autres techniciens laissant au moins la place à l’expérimentation. Essayons donc au travers de ce fait divers, de comprendre les enjeux concernant le monde du vin, et d’exprimer différents avis pour nous forger notre propre opinion.
L’INRA de Colmar menait donc depuis 2006, un essai de vignes génétiquement modifiées pour résister au Court-noué, une maladie virale présente partout dans le monde, qui est propagée par un vers du sol appelé nématode. En piquant la racine, le vers contamine la plante qui développe alors un virus entraînant son dépérissement et à terme sa mort. De plus, tant que le vers est présent dans le sol, impossible d’y réimplanter la vigne sans une désinfection complète, toujours plus ou moins inefficace, nocive pour l’environnement, et mettant en oeuvre des produits chimiques qui seront à terme interdits, du moins en Europe. Le principe de l’essai était donc d’identifier les gènes de résistance à la (ou aux) maladie(s) avant de tenter de les exprimer en les implantant dans des cellules de vigne en culture in vitro.
Après cette phase en laboratoire, une parcelle avait été mise en place en plein champ pour vérifier les aptitudes des différents plants. Le problème dans l’agriculture en général et dans la viticulture en particulier, est la difficulté de prendre à la fois le temps et le recul nécessaire pour valider les hypothèses sur le terrain. Si les expérimentations sont indispensables, elles sont presque toujours insuffisantes, et surtout leurs conséquences sur les milieux sont évaluées en l’état actuel des connaissances, sur le court terme, alors que les cultures pérennes comme la vigne ont une durée de vie de 80 ans ! Toute proportion gardée, on peut ainsi citer de triste mémoire, les catastrophes sanitaires comme l’introduction fortuite du phylloxera par des botanistes, à la fin du 19ème siècle, qui a entraîné la disparition de la quasi-totalité du vignoble français.Justement c’est bien le principe de précaution qui est levé comme un étendard par les faucheurs volontaires, pour justifier leurs actions quand ils annihilent le fruit de plusieurs années de recherche. Leur communication est en effet sur ce point bien orchestrée puisqu’en provoquant ce genre d’action « coup de poing », ils attirent les médias, puis brandissent des peurs communes à tous, s’attirant ainsi la sympathie du plus grand nombre. Au centre de leur argumentaire contre toute forme de recherche génétique, on trouve : la dissémination accidentelle d’espèces dangereuses, les répercussions incontrôlables sur le milieu et sur notre alimentation, et la menace que représenterait la création de nouvelles espèces pour les générations futures. Pour eux, si les essais venaient à s’étendre, naturellement ou artificiellement, le retour en arrière serait impossible. Quoiqu’il en soit, si les recherches n’ont pas encore démontré la réelle efficacité des plants transgéniques, elles n’ont pas non plus prouvé leur nocivité, pour le milieu et pour l’homme.
En l’occurrence, en prenant pour cible l’INRA, les faucheurs volontaires s’attaquent à un organisme d’état, dont les recherches n’ont pas d’objectifs mercantiles directs, contrairement aux expérimentations menées par les semenciers pour le maïs, ou le colza. En outre, le comité de pilotage de l’essai en question semble assez exemplaire, puisque le cahier des charges qui l’encadre a été établi par un collège comprenant des scientifiques, des acteurs de la filière, mais aussi des représentants des associations citoyennes.
En tant que consommateurs, nous souhaitons tous être informés, afin de conserver le choix de se nourrir, ou non, des raisins et des vins issus de vignes transgéniques. Cependant, il est sûrement préférable que la conception française basée sur l’avis des organismes de recherches placés sous l’égide de l’état s’impose, comme c’est le cas en viticulture depuis de nombreuses années, grâce à la pertinence des techniques, et à la compétence des équipes. En clair, si ce n’est pas la France qui mène ces recherches, ce sera à terme un autre pays, ou d’autres investisseurs privés à l’éthique peut-être plus discutable. Enfin une chose est sûre c’est qu’en s’attaquant à la recherche on s’interdit de savoir, donc de comprendre, et éventuellement de se prémunir des dangers… 

Renaud Sounalet, oenologue Mes Vignes

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Commentaires

2 Responses à “Faucheurs d’avenir ?”

  1. ROCHELANDET Laurent le 4 septembre 2010 10:15

    Un grand merci a vous pour cet article brillant et tres lucide.

    je vous rejoints sur beaucoup de points.

  2. Anonyme le 3 janvier 2012 18:28

    a bas les OGM

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