Les saints de glace jettent un froid sur le vignoble
5 mai 2010 par Redaction
Mamert, Pancrace, Servais, Boniface. Aucun vigneron ne donnerait à ses enfants l’un de ces prénoms. Outre leur faible « sex-appeal », ils évoquent en effet dans la mémoire agricole les saints de glace (11-12-13-14 mai) où des gelées printanières peuvent encore se produire, causant des dégâts considérables sur les jeunes feuilles à peine sorties.
Cette année, alors que les risques étaient jugés très faibles, le brusque refroidissement de ces derniers jours a réveillé les craintes des vignerons Mes Vignes. Ils ne seront pleinement sereins que lorsque la mi-mai (voire la fin mai pour l’Alsace) sera passée. En effet, aujourd’hui encore, ils ne négligent pas les vieux dictons, nés de l’observation dans les champs et les vignes. « Saint Pancrace, Gervais et Boniface souvent apportent la glace ». « Quand la Saint Urbain est passée, le vigneron est rassuré ».
Ne cherchez pas ces saints sur le calendrier ! Lors du Concile de 1960, l’église catholique les a bannis du calendrier, estimant que ces croyances populaires donnaient lieu à des réminiscences païennes. Ils sont désormais remplacés par Sainte Estelle, Saint Achille, Sainte Rolande et Saint Matthias.
Peu soucieuse des proverbes et de la tradition agricole, la météorologie reconnaît elle aussi qu’il peut statistiquement se produire une période de températures gélives jusqu’à fin mai. Les astrophysiciens, eux, ont remarqué que l’orbite de la terre traverse mi-mai (et mi-novembre) une zone du système solaire particulièrement chargée en poussières, et que ces particules peuvent faire légèrement obstacle au rayonnement solaire, se traduisant par une perte de chaleur, surtout la nuit.
En Alsace, où les gelées peuvent encore survenir jusqu’à fin mai, Saint Urbain (25 mai) est lui aussi associé aux saints de glace. Dans le Midi, c’est plutôt en avril que se situent les risques, et on évoque les « saints cavaliers », Saint Georges, Saint Marc, Saint Eutrope et Saint Philippe (respectivement 24-25-30 avril et 3 mai). Rabelais, étudiant dans sa jeunesse à Montpellier, les a même qualifiés dans ses écrits de « saints gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons » !
Joelle Weiss

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